Projet de loi : France Cannabis

live youtube association france cannabis 05092025

Le Far West du CBD ? Pas si vite.

Le marché du CBD en France est souvent perçu comme un secteur encore désorganisé, une sorte de Far West où le cadre réglementaire reste lacunaire et les acteurs peu structurés. Cette image, bien que partiellement fondée, masque une réalité bien plus complexe et proactive. Derrière cette façade, les producteurs de CBD eux-mêmes sont en réalité les architectes de leur propre futur réglementaire, bâtissant activement les fondations d’une filière professionnelle.

Loin d’attendre passivement que l’État impose un cadre, des associations comme France Cannabis prennent les devants.

Ce compte-rendu du live Youtube du 5 septembre 2025 dernier animé par (lister les présents) révèle trois des initiatives et réalités les plus surprenantes et contre-intuitives discutées par nos producteurs engagés. Ces vérités changent radicalement la perspective sur l’avenir du CBD en France et montrent une filière bien plus mature qu’il n’y paraît.

Des licences pour protéger les petits producteurs, pas les éliminer.

Des producteurs de CBD qui réclament une régulation ? L’idée peut sembler folle, mais elle est stratégique.

Face à l’attentisme des pouvoirs publics et aux décisions imposées sans concertation, comme le tristement célèbre arrêté du 30 décembre 2021, l’association France Cannabis a décidé de rédiger son propre projet de loi. L’inclusion d’un système de licences est un acte d’autodéfense stratégique, visant à proposer un cadre intelligent avant qu’une nouvelle régulation inadaptée ne soit imposée d’en haut.

La vision de France Cannabis est à l’opposé du modèle californien, qui a traumatisé de nombreux acteurs en instaurant des licences “hors de prix” et “hyper spécialisées”, qui fragmentaient les opérations (par exemple, une licence pour la culture extérieure, une autre pour la culture intérieure).

Jérôme Lecoq, un des membres de l’association, ayant vécu cette expérience, l’affirme sans détour :

“les licences ont dégommé les petits producteurs en Californie bah oui c’est je l’ai vécu et ça m’a traumatisé et je ne mettrai pas les pieds dans un je créerai pas enfin je participerai pas à la création de quelque chose qui refera la même chose ici.”

Leur proposition s’oriente vers un système d’ “agrément” ou de “cahier des charges” par type d’activité. L’idée phare est la création d’une “licence artisan”, spécifiquement conçue pour permettre une verticalisation à petite échelle.

Ce modèle permettrait à une petite ferme – sic “un type par exemple avec sa femme de vivre dans sa ferme“, d’être économiquement viable en vendant l’intégralité de sa production en circuit court, contrairement au modèle industriel qui exige des licences de distribution distinctes. Cet outil vise à garantir la qualité et la traçabilité, à assainir la filière, et surtout, à permettre aux petits de coexister et de prospérer aux côtés des grands acteurs.

Quand les producteurs de CBD se transforment en scientifiques.

Face au manque de données, ils décident de créer leurs propres vérités factuelles.

Lassée des “contes et légendes” qui entourent la culture du cannabis, l’association France Cannabis a décidé d’utiliser ses fonds pour financer des études scientifiques. L’objectif est de répondre à des questions concrètes par des données factuelles, afin de passer d’une logique de “croyance” à une logique de “savoir”.

Deux axes de recherche principaux ont été identifiés :

  • La dégradation du THC : Étudier les méthodes naturelles (chaleur, UV) pour dégrader le THC dans les extractions. L’impératif commercial est clair : il s’agit de trouver un moyen de “sortir des H (ndlr : “haschich”) à moins de 1 %“, permettant ainsi la production légale de produits dérivés de qualité tout en respectant scrupuleusement les seuils réglementaires.
  • Les contaminations : Analyser la présence d’entérobactéries et de moisissures sur les fleurs afin d’évaluer les risques sanitaires concrets. Surtout, l’étude cherchera à savoir si, lors des processus d’extraction (à sec, à l’eau), ces contaminants “se concentrent ou est-ce que ça se dilue” dans le produit final. Une question fondamentale pour la sécurité du consommateur.

Cette démarche illustre une volonté profonde de professionnalisation et de prise de responsabilité. En investissant dans la science, ces producteurs ne cherchent pas seulement à améliorer leurs pratiques, mais aussi à garantir la sécurité du consommateur et à bâtir la crédibilité de toute une filière sur des bases solides et vérifiables.

Le Paradoxe : La vérité sur le CBD vendu en bureau de tabac.

carotte debit tabac
En cas de contrôle révélant un taux de THC illégal, le commerçant risque de perdre sa licence de vente de tabac

Taux de THC respecté, mais qualité sacrifiée : le double visage du CBD chez les buralistes.

C’est l’une des dichotomies les plus frappantes du marché actuel !

Les distributeurs qui approvisionnent les bureaux de tabac sont extrêmement rigoureux sur le respect de la limite légale de 0,3 % de THC. En revanche, la qualité agronomique et sanitaire du produit semble être le cadet de leurs soucis.

Yohan Varin, membre de l’association, ayant travaillé avec ces distributeurs, explique la situation sans fard :

“ils sont scrupuleux là-dessus sur le 03 bien plus que sur la qualité des produits c’est-à-dire que PGR et compagnie Terpen et tout ça ils en ont pas grand-chose à secouer […] par contre au niveau législation ils sont ricrac”

La raison de ce “deux poids, deux mesures” est simple : le risque est personnel et pénal pour le buraliste. En cas de contrôle révélant un taux de THC illégal, il risque de perdre sa licence de vente de tabac, “la carotte“. Cette menace fait du respect du taux de THC sa seule et unique prérogative, reléguant au second plan la présence de régulateurs de croissance (PGR), de terpènes de synthèse ou l’origine douteuse des fleurs.

Cette situation met en lumière une faille majeure du marché de masse : une conformité légale sur un seul critère qui masque une indifférence totale à la qualité agronomique. Pour le consommateur averti, le circuit court et la traçabilité offerte par les producteurs français ne sont donc pas une simple préférence, mais une nécessité pour garantir la qualité et la sécurité du produit.

En résumé : une filière en quête d’avenir

Ces trois révélations dessinent le portrait d’une industrie bien différente de l’image chaotique qu’on lui prête. Loin d’être passifs, les producteurs français de CBD sont des acteurs engagés qui :organisent la régulation, investissent dans la science et dénoncent les paradoxes du marché. Ils démontrent une maturité stratégique qui contraste vivement avec l’attentisme des pouvoirs publics.

Face à l’inertie politique, cette autorégulation menée par la base suffira-t-elle à bâtir la filière française saine et compétitive de demain ?

Live Youtube !

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